Créées par un homme au bord du gouffre souhaitant faire de la noirceur un mouvement artistique, les éditions Commission Contraire comptent aujourd’hui deux auteurs se réclamant portraitistes de la déchéance : Jo Bignol et Stéphanie Catombe.
Les livres, quant à eux, se séparent en trois groupes.
Le triptyque du sale type
Jo Bignol a commencé sa carrière avec un livre nerveux, cynique, désabusé et profondément immature. Dur à lire, Mon ami triptyline s’engouffre dans la psychologie d’un personnage déviant et le fait avec un humour déplacé et superficiel. Mais au cours de ses suites, la vraie nature de ce narrateur se révèle plus intimement, gardant son humour mais ne cachant plus son désespoir profond.
Mon ami triptyline
Sombre, psychologique
Premier pas dans l’univers de Jo Bignol et l’esprit malade de son narrateur, suivez la vie d’un homme perdu, cynique, nerveux et parfois violent à travers des lignes l’étant tout autant.
Seulement pensé comme une introduction, "Mon ami triptyline" est marqué d’une profonde immaturité mais représente une étape nécessaire pour aborder les deux volets suivants et leur "triptyque du sale type".
Après avoir traversé la vie active du narrateur de "Mon ami triptyline", redécouvrez-le avec une autre période de sa vie, d’autres personnages secondaires et une plume commençant à enquêter sur les raisons de ce cynisme, la tristesse derrière la colère.
Suite de "Mon ami donnerie" et deuxième volet du "triptyque du sale type".
À l’approche de son décès, notre narrateur opère une rétrospective à travers ses souvenirs. L’école, le collège, le lycée, la vie étudiante, la vie active, la retraite, il passe tout au crible pour tenter de trouver quelque chose importante dans sa vie, quelque chose perdue, quelque chose cachée dans sa mémoire.
Dernier meilleur volet du "triptyque du sale type", dont on peut prolonger l'expérience avec les quelques livres composant "Quelques histoires de morts (avant qu'ils ne le soient)".
Quelques histoires de morts (avant qu’ils ne le soient)
Jo Bignol poursuit son univers sombre et nerveux avec une série de quelques livres courts tournant autour de son triptyque et apportant leurs propres parts de l’histoire ainsi que des originalités de formes et de fonds.
Luigi
Sombre, psychologique
Connaissance d’enfance du narrateur du triptyque principal, Luigi a fait une brève apparition dans Mon ami biase. Avec cette nouvelle, nous alternons entre son âge adulte et différents souvenirs de sa vie pour savoir ce qu’il est devenu. Et ce qu’il est devenu est loin d’être joyeux.
Un récit un peu plus grave que "Le triptyque du sale type", il n'est pas nécessaire de l'avoir lu avant.
Quelques temps de la vie de ce personnage important de "Mon ami biase". Si vous l’avez lu, vous savez déjà comment le livre finit. La question restant étant la suivante : comment et pourquoi ? La nouvelle "Jacques" est, dans une certaine mesure, le point de vue de l’intéressé sur les textes "Jacques" de "Mon ami biase". C'est aussi et surtout une histoire sombre, triste et angoissante. Sans doute la plus linéaire de ces cinq nouvelles, mais pas la plus claire. Dans un esprit tourmenté, Jacques se concentre sur les ressentis plus que sur les évènements.
Il est préférable d'avoir lu "Mon ami biase", mais pas nécessaire. Les nouvelles de "Quelques histoires de morts (avant qu'ils ne le soient)" peuvent être lus dans le désordre, mais leur ordre garanti un confort de lecture légèrement préférable, au niveau de certaines intrigues.
Ana est coincée, à la fois dans un palindrome et dans un cauchemar. Enlevée par Luigi, elle n'a désormais plus qu'une idée en tête : s'évader.
Suite de "Luigi", "Ana" se concentre sur ce qui n'y est pas dit. Il est préférable d'avoir lu "Mon ami biase", mais pas nécessaire. Les nouvelles de "Quelques histoires de morts (avant qu'ils ne le soient)" peuvent être lus dans le désordre, mais leur ordre garanti un confort de lecture légèrement préférable, au niveau de certaines intrigues.
Daniel est un rigolo, un comique, autant dans sa vie personnelle que professionnelle. En tout cas, le voudrait-il. Dans un moment bien particulier de sa vie, il fait le point sur où il en est dans sa carrière d'acteur, comment est-ce qu'il en est arrivé là et tout le désespoir qu'une telle vie de galère a pu impliquer. Il a toujours vécu avec un seul objectif : percer. Que se passerait-il s'il n'y arrivait pas ?
Faisant partie de "Quelques histoires de morts (avant qu'ils ne le soient)", il n'est pas nécessaire d'avoir lu un autre volet de cette saga, ou du "Triptyque du sale type" pour comprendre, mais c'est toujours préférable.
Absent du triptyque principal, Lucien est pourtant un personnage important du récit global de par son omniprésence en filigrane. Dans un récit sombre et désespéré, il fait le point sur sa vie après un moment tragique.
"Lucien" reprend directement des éléments de "Jacques" et "Daniel", il est préférable - mais pas nécessaire - de les avoir lus avant de l'aborder.
L'histoire de Victoire, lycéenne essayant de faire face aux épreuves de la vie, entre une famille déséquilibrée, un devoir sur un tueur en série ayant sévi dans la région et un concours littéraire transformé en concours de rap.
Prévu pour être le dernier volet de "Quelques histoires de morts (avant qu'ils ne le soient)", "Victoire" sera une conclusion pour laquelle il sera nécessaire d'avoir lu tous les livres de Jo Bignol, y compris le "Triptyque du sale type". Ce sera un livre plus long que les autres de la même saga.
Stéphanie Catombe intègre Commission Contraire en laissant de côté l’humour noir de Jo Bignol, mais poursuivant sa volonté de dépeindre une véritable descente aux enfers. Avec son Ingérence du Mal, c’est le monde qui sombre dans une bataille entre le Bien et le Mal, mais une bataille intérieure présentée au travers de la lutte intime de personnages semblant déconnectés les uns des autres. Chaque livre a une narration différente, des personnages nouveaux, mais tous dépeignent des combats similaires qui se rejoindront dans une lutte plus générale, mais toujours aussi intérieure.
J’allais voir le feu
Sombre, horreur, psychologique, sophistiqué
Si vous deviez les croiser dans la rue, Jean et Martin n'attireraient sans doute pas votre regard. Pourtant, ils ont en eux une noirceur proportionnelle au désir de remplir leur mission. Alors que la ville est soumise à la peur, alors que des bâtiments explosent et brûlent sans que l'on ne sache pourquoi, Jean et Martin développent une obsession : aller voir le feu.
Prendre une décision n’était pas mince affaire, pour moi. Cela faisait deux mois que la première explosion avait eu lieu, lorsqu’enfin Martin déliait sa langue terrible pour nous pousser à faire face à ce sujet dont nous rejetions toutes les idées. Il fallait que nous en parlions, casser le silence pour laisser sortir ces boues qui découlent de l’état putréfié d’une âme en sursit dans ce monde. Dans ma tête, n’y avait-il que d’immenses serpents de terre sale et humide, des cauchemars à la limite du physique. Une fois la barrière du mutisme cassée, les questions libérées et l’infini des possibles offert à nous comme un regain de jeunesse, une liberté retrouvée, c’était à moi de dire ce que j’en pensais.
Premier volet de la saga "L'ingérence du Mal", par Stéphanie Catombe.
— Alors, racontez-moi comment ça s'est passé.
— Si vous voulez. Mais vous allez être déçu.
— Pourquoi ?
— Parce que vous vous attendez à une sombre histoire de meurtre.
— Étant donné que ça se termine par un meurtre, je dois bien avouer que oui.
— Eh oui, bien sûr. Alors qu'en fait, c'est une histoire d'amour. Ce n’est pas beaucoup moins violent, mais c’est très différent.
— Bon. Alors racontez-moi cette histoire d’amour.
Un homme nous verse le flot de ses pensées à propos d'elle, une femme qu'il aime, qui commence à l'obséder.
"Verseau" est la deuxième partie de l'histoire "L'ingérence du Mal", de Stéphanie Catombe, mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu "J'allais voir le feu" pour la comprendre, l'histoire peut-être commencée par "Verseau". Son récit est différent, avec d'autres personnages, il n'est pas à prendre comme une suite de "J'allais voir le feu".
Christophe a tout pour être heureux. Pourtant, il ne l'est pas. Une fois qu'il n'aura plus rien pour l'être, le deviendra-t-il ? Ou se laissera-t-il complètement abandonner à moi ?
Moi, voilà ma chance : je sais. Je sais ce qui se passe à l’intérieur de l’un et de l’autre, de Christophe et de tous les autres. À ce titre-là, je peux avancer que Christophe était spécial. Et c’est parce qu’il était spécial, parce qu’il avait ce petit quelque chose qui lui manquait à l’âme, que je voulais l’aider. Je voulais l’aider à devenir autre chose, servir quelque chose de plus grand.
Troisième volet de "L'ingérence du Mal" de Stéphanie Catombe, il est nécessaire d'avoir lu les deux précédents pour le comprendre.
Dernièrement, j’ai réussi à ignorer quelques feux. Mais celui-ci est différent, je me sens poussé vers lui. Tiré, plutôt. C’était la même sensation, lors du premier message. J’étais obligé d’y aller. J’arrive devant la porte et ne vois pas Jean. J’attends un moment, reçois un autre message. On me dit d’entrer. J’entre.
Pour conclure la saga "L'origine du Mal", nous suivons Martin à travers son tiraillement, sa relation au Diable et au reste, ainsi que tous ces autres qu'il croisera sur son chemin.
Suivi de la nouvelle “Cette ombre qui me suit”.
Conclusion de la saga "L'ingérence du Mal" de Stéphanie Catombe, il est nécessaire d'avoir lu les trois précédents pour le comprendre.